Kénizé Mourad – De la part de la princesse morte 27 06 09
« Tous les buts se valent du moment que l’on vit à fond. L’important n’est pas d’arriver mais de marcher et surtout de trébucher car cela nous oblige à nous remettre en question »
Standby 27 06 09
En attendant les résultats… elle reprend goût à la vie. Mais un goût amer, malgré tout. L’ennui la tue, elle a hâte d’être en septembre (encore faut il qu’elle soit là-bas). Et entre temps, elle lit, elle cherche, elle rêve comme à son habitude, elle vit comme elle peut… cette vie que beaucoup qualifierait de vi(d)e. Mais c’est sa façon à elle, non pas de passer le temps mais d’en profiter : au milieu de ses livres, perdue dans ces mots dont elle retrouve peu à peu le goût.
En attendant les résultats… elle est heureuse. Elle ne tue plus le temps, elle le fait vivre. Prête à aller loin, à bosser dûr cette fois, à ne plus se reposer sur ses lauriers. Elle a hâte de vivre sa vie, celle qu’elle a laissé de côté cette année pour des raisons qu’elle ne veut même plus se remémorer…
Souhaitons lui bonne route !
هُرَاء 26 06 09
Passer son bac comme on passe son chemin. Indifférente. Seulement un goût amer, en plus. Ou serait-ce simplement le goût du chocolat noir ?
Assumer sa connerie sa paresse sa pédanterie son arrogance sa fierté sa stupidité. Tout. Tout assumer. Même ce qu’on rate. Même ce qu’on aurait pu réussir. Choisir la défaite, est-ce une défaite ? Ou n’est-ce que la conséquence de la toute première défaite… ? La défaite originelle !?
Comme une claque qu’on reçoit en plein visage, et qui réveille d’un rêve si doux qu’on en oublie le sens de la réalité. Mais est-ce le rêve ou la giffle qui m’a fait oublier la réalité ? Et quelle réalité ? Il est trop tard pour philosopher… philosopher le passé ?
Le présent s’envole déjà, je ne voudrais pas le rater. Et puis même le futur est tellement ennuyant : tout y est probable, mais rien n’y est possible.
Passer son bac comme on passe son chemin. Et changer de vie comme on change de trottoir. Rien n’est plus simple, il suffit de traverser…
Défouloir 26 06 09
Midnight. My computer and I. Alone again. No more loneliness, only sorrow. And void. No more words. No more things to tell the world. Sad soul and empty mind. Why does it seem easier to write all this in english ? Maybe because it has no sense… Not in french ? Yes. Why ? Stop asking me questions. My soul, I am glad to meet you again. It has been a long time. Stupid. Here is home. MY home. This is my therapy. It consists on admitting the truth : I am no longer the person I used to be ; I do not write. But of course I do, right ? That is what I am doing every single school day : writing and writing… what they want me to write. But what about me ? And is it only THEIR fault ? All I know is that I need this : I need to empty myself from all this void in me. And I am going to do it here. Every time I need to express anything (logical or not, boring or stupid) in any language I want (and of course, any language I know).Let this be my therapy. No one will know it… except YOU. You, who doesn’t know me and YOU who didn’t know mi* before. Yes, I have to empty myself from this void in me to let life fill my soul.
* It is not a mis/take
Carrefour 8 08 08
Ici se croisent wlad lyautey, et wlad lmakhzen, wlad che3b et wlad leflous ou tout simplement tous les wlad derb. Mélange. Brassage. On s’ignore. On se regarde à peine. Mépris. Envie.
Mais tellement de choses en commun. Lesquelles ? Moi ! Je vis dans ces deux mondes : je viens de l’un et je suis dans l’autre. Je suis dans les deux en fait. Enfin, je ne sais pas…
Les lycéens des écoles publiques m’insultent dans la rue… les mêmes avec qui j’ai passé le brevet. Ils m’avaient bien accepté à l’époque même si je venais d’une école privée, dial leflouss comme ils disent.
Choquée. Confuse. Perdue. Coincée. Peut –être… Bent lyautey ? Ca, jamais ! Et puis mon père ce n’est pas Lyautey, il est agent d’assurances !
Je n’aime pas les clichés, les préjugés. On juge l’autre sans le connaitre. Mais comment faire pour savoir ? Erreur des deux cotés… Je m’en fous. Dans un an, tout ça sera du passé. Personne ne s’y intéressera : le nom de mon lycée, de mon quartier… Un jour, tout ça s’en ira. Mais ce qui restera à jamais, c’est que je suis marocaine. Et ça, personne ne pourra me l’enlever !
wlad : enfants
lmakhzen : …
che3b : peuple
lkaryan : bidonville
dial : de
leflous : argent
derb : quartier
Bent : fille
8 08 08
Mais bon, chacun choisit son camp – Mc Do ou Amine, Zara ou Lakriâa,… – et chacun avance à son propre rythme : quinzième, vingt-et-unième ou trentième siècle. Et d’ailleurs, cela pourrait bien expliquer l’écart qui se creuse entre les Marocains. Oui, car lorsqu’on vit pendant trois siècles différents dans un même pays, les mœurs comme les mentalités changent. Il ne s’agit pas là de critiquer certains en particulier… mais plutôt les Marocains en général ! Car où allons-nous avec quinze siècles d’écart entre des personnes qui se côtoient tous les jours ? Cela pourrait sembler être de la science-fiction. Certains l’appellent « schizophrénie ». Mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer où est l’unité de ce pays ? Dans la langue ? Sûrement pas. Puisque même celle qui pourrait être la « langue du peuple » ne fait que réaffirmer que nous sommes coincés : un ramassis loufoque de mots de toutes les langues, voilà ce qu’est la darija !
Alors maintenant, chers cons-citoyens, la prochaine fois que vous me traiterez de « coincée », pensez bien que je ne suis pas la seule et que l’on est près de trente millions dans la même situation.
Mais bon, c’est un fait, on n’y peut rien, c’est comme ça… et c’est mon Maroc.
Lbelgha : babouche
8 08 08
Bien plus viscéral que le tberguig et bien mieux pratiqué que le football, notre sport national est sans aucun doute la viande.
La Coupe de l’Aïd le Grand – ou Aïd Al Adha – dure beaucoup moins longtemps qu’une coupe du monde de football. Et pour cause, il n’y a ni sélection, ni joueurs sur la touche et pas même de remplaçants.
Pour participer, il faut juste être marocain – ce n’est pas qu’on dénigre les étrangers mais c’est juste que (les pauvres !) le niveau est trop élevé pour eux. On ne voudrait tout de même pas qu’ils gardent un mauvais souvenir de notre plus beau pays du monde ! Et puis tout simplement parce que la CAG, c’est le seul truc qu’on sait (bien) faire et on ne va pas partager ça aussi; merci !
Une autre condition est d’avoir un os à la place du cerveau et une khencha dial zbel au lieu de l’estomac. Mais ça, ce n’est pas très compliqué vu que c’est automatique chez nous, les Marocains. C’est donc aussi pour cette raison qu’on n’accepte pas d’étrangers.
Donc la CAG ne dure pas longtemps : deux jours officiellement, trois pour les prolongations; soit le temps de débiter un mouton entier – voire deux, certaines fois, de manger la viande, les abats, la graisse et tout le reste.
La compétition se déroule généralement en deux matchs – un pour chaque journée – avec plusieurs mi-temps chacun.
Et comme tout autre compétition, la CAG a ses adeptes, soit près de 95% de la population marocaine si on exclut les bébés édentés de moins de 18 moins et les vieux – édentés aussi – de plus de 75 ans qui, faute de mieux, doivent se contenter de compote de pommes de terre, et encore. Mais là n’est pas la question. Revenons à nos moutons !
Contrairement au football, pas besoin de faire de passes. On peut toutefois dribbler ; mais pour gagner, il faut marquer le plus de buts possibles contre son propre camp. D’ailleurs, si les femmes réussissent moins lors de la CAG, c’est parce qu’elles avantagent souvent un des camps adverses, surtout lorsqu’il s’agit de leurs enfants.
Enfin, le gagnant de la CAG remporte la coupe à petites oreilles, aussi appelée tête de mouton, qu’il pourra conserver tel un trophée dans son frigo !
tberguig : commérage
Home 7 08 08
In the middle of nowhere. Blue sky and nature, that’s all. Not a tourist site. Not the Morocco all people know. Actually, it could be anywhere else in the world.
But here is where I’m home. I love this expression: “I’m home”. Even in the middle of nowhere, I feel home.
This picture was taken somewhere on the coastal road that leads from Safi to Casablanca. It was the first time I’ve been to Safi… but I really felt that I’ve always been there. We never know, maybe it’s true… Maybe one of my ancestors has lived here. And even if it’s not true, this is my country, so I’m home. But how can you explain that I had the same feeling while being in Granada or Istanbul… The ancestral explanation again? Maybe…
A photo taken at random… I didn’t choose the place, neither the angle of view. Nothing. I have nothing decided. But these are rather the speed of the car, of my fingers on the button «capture» and the speed image capturing of my phone that have decided in my place.
My heart was sad or rather upset but my head was free as the wind out there. I would have liked to go out of the bus, run and scream in this place that I had never known. This place that was “my home”!
All this to tell you: always travel with the feeling of being home. Because this whole world is our big home!
But here is where I’m home. I love this expression: “I’m home”. Even in the middle of nowhere, I feel home.
This picture was taken somewhere on the coastal road that leads from Safi to Casablanca. It was the first time I’ve been to Safi… but I really felt that I’ve always been there. We never know, maybe it’s true… Maybe one of my ancestors has lived here. And even if it’s not true, this is my country, so I’m home. But how can you explain that I had the same feeling while being in Granada or Istanbul… The ancestral explanation again? Maybe…
A photo taken at random… I didn’t choose the place, neither the angle of view. Nothing. I have nothing decided. But these are rather the speed of the car, of my fingers on the button «capture» and the speed image capturing of my phone that have decided in my place.
My heart was sad or rather upset but my head was free as the wind out there. I would have liked to go out of the bus, run and scream in this place that I had never known. This place that was “my home”!
All this to tell you: always travel with the feeling of being home. Because this whole world is our big home!




