Rim℮rrante

« Laisse moi mon stylo, y'a pas moyen que je m'arrête ; j'ai une envie d'écrire comme t'as une envie de cigarette. » Grand Corps Malade

Rahal 12 août 2009

Classé dans : Atelier d'écriture 2oo7-2oo9, Me, myself and I — rimerrante @ 17:35
Traverser la rue en courant. Aller au pisri. Acheter des caramels. Les manger trois par trois. Courir pour ne pas être en retard en cours. On court et on arrive en même temps que le prof de maths. Il est déjà 8h05.
On revient à midi. Du soleil, mais pas de migraines pour l’instant. On va à la boulangerie. Une longue file d’attente. L’odeur du pain chaud. Zut, pas d’argent ! C’est pas grave, on paiera plus tard : ici on vous connait bien. On traverse la rue pour rentrer à la maison. On revient parce qu’on a oublié d’acheter la limonade. Et on en profite pour acheter des bonbons.
On croise ces mendiants qui vous connaissent depuis des années, qui connaissent votre nom, vos habitudes,… On leur file la monnaie parfois. Tant pis pour les bonbons, ça sera pour une autre fois !
Quatorze heures moins cinq. Encore en retard. Mais on aimerait bien s’acheter un biscuit… ou deux ; un Tagger de préférence. Et puis, on s’oublie parmi cette multitude de choix… Il est déjà 14h05. Encore en retard. Toujours en retard…
Des vendredis après-midi perdus à errer « chez Rahal ». Des gens. Du bruit. Des amis. Des fous rires. Des pleurs. Des doigts d’honneur. Un début de conjonctivite. Des bagarres. Moul détail. Une cigarette ? Frime, tentation… non, merci ! Zemzem. De l’eau. Des œufs. Des cris sauvages. De la vie. Un clin d’œil. Son sourire. Il est parti.
Et puis, le vide. On évite d’y aller par peur de croiser un « vieil ami » et de ne pas savoir quoi lui dire. On ne traverse plus cette rue. On change de chemin…
Entre temps, une pharmacie a ouvert à l’endroit qui servait de dépôt de marchandises. L’pisri a été délocalisé plus loin ; un hanout version moderne a ouvert à la place avec des caissières diplômées bac+1 et où tout est propre et nouveau. Mais ça n’a plus le même charme. Même la boulangerie a fermé. Rahal s’est barré. Et il a pris tous mes souvenirs avec.
 

Carrefour 8 août 2008

Classé dans : Atelier d'écriture 2oo7-2oo9 — rimerrante @ 23:44
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© F. Cohen Moreau

© F. Cohen Moreau

 

 

Ici se croisent wlad lyautey, et wlad lmakhzen, wlad che3b et wlad leflous ou tout simplement tous les wlad derb. Mélange. Brassage. On s’ignore. On se regarde à peine. Mépris. Envie.

Mais tellement de choses en commun. Lesquelles ?  Moi ! Je vis dans ces deux mondes : je viens de l’un et je suis dans l’autre. Je suis dans les deux en fait. Enfin, je ne sais pas…

 

Les lycéens des écoles publiques m’insultent dans la rue… les mêmes avec qui j’ai passé le brevet. Ils m’avaient bien accepté à l’époque même si je venais d’une école privée, dial leflouss comme ils disent.

Choquée. Confuse. Perdue. Coincée. Peut –être… Bent lyautey ? Ca, jamais ! Et puis mon père ce n’est pas Lyautey, il est agent d’assurances !

 

Je n’aime pas les clichés, les préjugés. On juge l’autre sans le connaitre. Mais comment faire pour savoir ? Erreur des deux cotés… Je m’en fous. Dans un an, tout ça sera du passé. Personne ne s’y intéressera : le nom de mon lycée, de mon quartier… Un jour, tout ça s’en ira. Mais ce qui restera à jamais, c’est que je suis marocaine. Et ça, personne ne pourra  me l’enlever !

 

 

wlad : enfants

lmakhzen : …

che3b : peuple

lkaryan : bidonville

dial : de

leflous : argent

derb : quartier

Bent : fille

 

8 août 2008

Classé dans : Atelier d'écriture 2oo7-2oo9 — rimerrante @ 23:02
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© L. Fernandez

© L. Fernandez

 

Je suis coincée. C’est un fait, on n’y peut rien, c’est comme ça. C’est la vie. D’ailleurs on me l’a toujours dit mais ce que les autres ignoraient, c’est qu’ils étaient dans la même situation que moi. Oui, car dans ce pays, nous sommes tous coincés ! Et il n’y a qu’à voir notre situation géographique pour le prouver : (coincés) entre l’Atlantique et la Méditerranée. Mais ça ne s’arrête pas là ! Car nous sommes aussi coincés entre le tagine et le hamburger, lbelgha et les converses, jellaba et le slim mais aussi entre nos racines africaines et nos rêves européens. Et surtout, nous sommes coincés entre 1429, 2008 et 2958. Il faut dire que l’on peut fêter trois nouvelles années en une seule semaine !

 

Mais bon, chacun choisit son camp Mc Do ou Amine, Zara ou Lakriâa,… – et chacun avance à son propre rythme : quinzième, vingt-et-unième ou trentième siècle. Et d’ailleurs, cela pourrait bien expliquer l’écart qui se creuse entre les Marocains. Oui, car lorsqu’on vit pendant trois siècles différents dans un même pays, les mœurs comme les mentalités changent. Il ne s’agit pas là de critiquer certains en particulier… mais plutôt les Marocains en général ! Car où allons-nous avec quinze siècles d’écart entre des personnes qui se côtoient tous les jours ? Cela pourrait sembler être de la science-fiction. Certains l’appellent « schizophrénie ». Mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer où est l’unité de ce pays ? Dans la langue ? Sûrement pas. Puisque même celle qui pourrait être la « langue du peuple » ne fait que réaffirmer que nous sommes coincés : un ramassis loufoque de mots de toutes les langues, voilà ce qu’est la darija !

Alors maintenant, chers cons-citoyens, la prochaine fois que vous me traiterez de « coincée », pensez bien que je ne suis pas la seule et que l’on est près de trente millions dans la même situation.

Mais bon, c’est un fait, on n’y peut rien, c’est comme ça… et c’est mon Maroc. 

 

Lbelgha : babouche

 

8 août 2008

Classé dans : Atelier d'écriture 2oo7-2oo9 — rimerrante @ 22:44
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Bien plus viscéral que le tberguig et bien mieux pratiqué que le football, notre sport national est sans aucun doute la viande.

La Coupe de l’Aïd le Grand – ou Aïd Al Adha – dure beaucoup moins longtemps qu’une coupe du monde de football. Et pour cause, il n’y a ni sélection, ni joueurs sur la touche et pas même de remplaçants.

Pour participer, il faut juste être marocain – ce n’est pas qu’on dénigre les étrangers mais c’est juste que (les pauvres !) le niveau est trop élevé pour eux. On ne voudrait tout de même pas qu’ils gardent un mauvais souvenir de notre plus beau pays du monde ! Et puis tout simplement parce que la CAG, c’est le seul truc qu’on sait (bien) faire et on ne va pas partager ça aussi; merci !

Une autre condition est d’avoir un os à la place du cerveau et une khencha dial zbel au lieu de l’estomac. Mais ça, ce n’est pas très compliqué vu que c’est automatique chez nous, les Marocains. C’est donc aussi pour cette raison qu’on n’accepte pas d’étrangers.

Donc la CAG ne dure pas longtemps : deux jours officiellement, trois pour les prolongations; soit le temps de débiter un mouton entier – voire deux, certaines fois, de manger la viande, les abats, la graisse et tout le reste.

La compétition se déroule généralement en deux matchs – un pour chaque journée – avec plusieurs mi-temps chacun.

Et comme tout autre compétition, la CAG a ses adeptes, soit près de 95% de la population marocaine si on exclut les bébés édentés de moins de 18 moins et les vieux – édentés aussi – de plus de 75 ans qui, faute de mieux, doivent se contenter de compote de pommes de terre, et encore. Mais là n’est pas la question. Revenons à nos moutons !

Contrairement au football, pas besoin de faire de passes. On peut toutefois dribbler ; mais pour gagner, il faut marquer le plus de buts possibles contre son propre camp. D’ailleurs, si les femmes réussissent moins lors de la CAG, c’est parce qu’elles avantagent souvent un des camps adverses, surtout lorsqu’il s’agit de leurs enfants.

Enfin, le gagnant de la CAG remporte la coupe à petites oreilles, aussi appelée tête de mouton, qu’il pourra conserver tel un trophée dans son frigo !

tberguig : commérage

khencha dial zbel : sac poubelle