Rahal 12 août 2009
Carrefour 8 août 2008
Ici se croisent wlad lyautey, et wlad lmakhzen, wlad che3b et wlad leflous ou tout simplement tous les wlad derb. Mélange. Brassage. On s’ignore. On se regarde à peine. Mépris. Envie.
Mais tellement de choses en commun. Lesquelles ? Moi ! Je vis dans ces deux mondes : je viens de l’un et je suis dans l’autre. Je suis dans les deux en fait. Enfin, je ne sais pas…
Les lycéens des écoles publiques m’insultent dans la rue… les mêmes avec qui j’ai passé le brevet. Ils m’avaient bien accepté à l’époque même si je venais d’une école privée, dial leflouss comme ils disent.
Choquée. Confuse. Perdue. Coincée. Peut –être… Bent lyautey ? Ca, jamais ! Et puis mon père ce n’est pas Lyautey, il est agent d’assurances !
Je n’aime pas les clichés, les préjugés. On juge l’autre sans le connaitre. Mais comment faire pour savoir ? Erreur des deux cotés… Je m’en fous. Dans un an, tout ça sera du passé. Personne ne s’y intéressera : le nom de mon lycée, de mon quartier… Un jour, tout ça s’en ira. Mais ce qui restera à jamais, c’est que je suis marocaine. Et ça, personne ne pourra me l’enlever !
wlad : enfants
lmakhzen : …
che3b : peuple
lkaryan : bidonville
dial : de
leflous : argent
derb : quartier
Bent : fille
8 août 2008
Mais bon, chacun choisit son camp – Mc Do ou Amine, Zara ou Lakriâa,… – et chacun avance à son propre rythme : quinzième, vingt-et-unième ou trentième siècle. Et d’ailleurs, cela pourrait bien expliquer l’écart qui se creuse entre les Marocains. Oui, car lorsqu’on vit pendant trois siècles différents dans un même pays, les mœurs comme les mentalités changent. Il ne s’agit pas là de critiquer certains en particulier… mais plutôt les Marocains en général ! Car où allons-nous avec quinze siècles d’écart entre des personnes qui se côtoient tous les jours ? Cela pourrait sembler être de la science-fiction. Certains l’appellent « schizophrénie ». Mais quelqu’un pourrait-il m’expliquer où est l’unité de ce pays ? Dans la langue ? Sûrement pas. Puisque même celle qui pourrait être la « langue du peuple » ne fait que réaffirmer que nous sommes coincés : un ramassis loufoque de mots de toutes les langues, voilà ce qu’est la darija !
Alors maintenant, chers cons-citoyens, la prochaine fois que vous me traiterez de « coincée », pensez bien que je ne suis pas la seule et que l’on est près de trente millions dans la même situation.
Mais bon, c’est un fait, on n’y peut rien, c’est comme ça… et c’est mon Maroc.
Lbelgha : babouche
8 août 2008
Bien plus viscéral que le tberguig et bien mieux pratiqué que le football, notre sport national est sans aucun doute la viande.
La Coupe de l’Aïd le Grand – ou Aïd Al Adha – dure beaucoup moins longtemps qu’une coupe du monde de football. Et pour cause, il n’y a ni sélection, ni joueurs sur la touche et pas même de remplaçants.
Pour participer, il faut juste être marocain – ce n’est pas qu’on dénigre les étrangers mais c’est juste que (les pauvres !) le niveau est trop élevé pour eux. On ne voudrait tout de même pas qu’ils gardent un mauvais souvenir de notre plus beau pays du monde ! Et puis tout simplement parce que la CAG, c’est le seul truc qu’on sait (bien) faire et on ne va pas partager ça aussi; merci !
Une autre condition est d’avoir un os à la place du cerveau et une khencha dial zbel au lieu de l’estomac. Mais ça, ce n’est pas très compliqué vu que c’est automatique chez nous, les Marocains. C’est donc aussi pour cette raison qu’on n’accepte pas d’étrangers.
Donc la CAG ne dure pas longtemps : deux jours officiellement, trois pour les prolongations; soit le temps de débiter un mouton entier – voire deux, certaines fois, de manger la viande, les abats, la graisse et tout le reste.
La compétition se déroule généralement en deux matchs – un pour chaque journée – avec plusieurs mi-temps chacun.
Et comme tout autre compétition, la CAG a ses adeptes, soit près de 95% de la population marocaine si on exclut les bébés édentés de moins de 18 moins et les vieux – édentés aussi – de plus de 75 ans qui, faute de mieux, doivent se contenter de compote de pommes de terre, et encore. Mais là n’est pas la question. Revenons à nos moutons !
Contrairement au football, pas besoin de faire de passes. On peut toutefois dribbler ; mais pour gagner, il faut marquer le plus de buts possibles contre son propre camp. D’ailleurs, si les femmes réussissent moins lors de la CAG, c’est parce qu’elles avantagent souvent un des camps adverses, surtout lorsqu’il s’agit de leurs enfants.
Enfin, le gagnant de la CAG remporte la coupe à petites oreilles, aussi appelée tête de mouton, qu’il pourra conserver tel un trophée dans son frigo !
tberguig : commérage


